Ce que l’approche polyvagale a changé dans ma pratique d’accompagnant
La posture d’accompagnement évolue avec l’expérience.
Avec le temps, elle se transforme, parfois en silence.
Après vingt-cinq ans de pratiques, de cadres et de formations, j’ai fait un constat.
Comprendre ne suffit pas toujours à avancer.
Ni analyser.
Ni même prendre conscience.
L’approche polyvagale n’a pas ajouté un outil de plus à ma pratique.
En revanche, elle en a profondément déplacé le centre.
Les années de « coaching classique »
Avant cela, comme beaucoup de coachs, j’ai appris à tenir des cadres.
Ils structuraient mon travail et donnaient du sens aux situations.
SFBT, Appreciative Inquiry, MBSR, Théorie U, psychologie positive, systémique, gestalt.
Mais aussi approches somatiques, PNL, MBTI, Step II, AT, Process Com, Imago.
Sans oublier C&T, hypnose ericksonienne, CCL, PDI, conversations difficiles.
Ou encore l’accompagnement du rétablissement des addictions, la roue de la vie, l’ikigaï, le TMS.
Et enfin, les pratiques narratives.
Pendant longtemps, mon objectif a été simple.
Me former chaque année à une nouvelle approche.
Ces cadres m’ont beaucoup apporté.
D’abord, ils m’ont aidé à structurer et à comprendre.
Ensuite, ils m’ont permis de mettre des mots sur des situations complexes.
Cependant, ils ont aussi façonné certaines croyances.
Autonomie.
Authenticité.
Responsabilité.
Choix.
Ces repères étaient utiles.
Mais ils sont aussi devenus des filtres invisibles.
Des filtres que je portais en séance, souvent sans le savoir.
Le basculement polyvagal
Puis, quelque chose a changé.
Ce changement a été à la fois simple et radical.
Avec la théorie polyvagale, j’ai arrêté d’analyser ce que vivait la personne.
J’ai aussi cessé d’interpréter ses réactions.
Quand quelqu’un se fige, évite, se vide ou sur-contrôle en séance,
je ne lis plus cela comme de la résistance.
Je ne parle plus de manque de motivation.
Ni de méconnaissance.
Ni d’« angle mort ».
À la place, je vois un système nerveux qui s’adapte.
Il fait de son mieux face à une situation perçue comme difficile.
Parfois même dangereuse.
Ce déplacement de regard est essentiel.
Car il change immédiatement la posture de l’accompagnant.
La question qui ne m’a jamais quitté
Pendant longtemps, une question est restée présente.
Pourquoi des personnes font-elles appel à un coach ?
Sans exception, tous mes clients avaient déjà les ressources nécessaires.
Ils savaient réfléchir.
Décider.
Comprendre.
Choisir.
Et pourtant, quelque chose les empêchait d’avancer.
Grâce à l’approche polyvagale, cette question a trouvé un éclairage.
J’ai compris ce qui bloque parfois l’accès aux ressources.
Même quand la personne sait quoi faire.
Ce n’est pas un problème de volonté.
Ce n’est pas un manque de lucidité.
C’est souvent une question de sécurité.
Ce que cela change aujourd’hui
Aujourd’hui, ma posture est différente.
D’abord, je regarde l’état dans lequel se trouve la personne.
Ainsi, je projette beaucoup moins mes attentes sur elle.
De ce fait, je ne pousse plus vers une prise de conscience.
À la place, je nourris un sentiment de sécurité.
Avant tout.
Je ne confonds plus protection et refus.
Au contraire, je respecte ce qui protège.
J’invite.
J’honore.
Plutôt que de forcer.
Le travail devient alors plus adapté.
Il est souvent plus lent.
Mais il est aussi plus juste.
Et, très souvent, plus puissant.
Il s’agit moins d’aider quelqu’un à changer.
Ou à comprendre davantage.
Il s’agit surtout de créer les conditions du changement.
Notamment lorsque la personne lutte avec un inconfort présent.
Pour moi, l’approche polyvagale n’a pas ajouté un outil.
Elle a retiré une couche de malentendus.
Et une fois que l’on voit cela,
il devient impossible de revenir en arrière.
FAQ
Pourquoi la posture de l’accompagnant est-elle si importante ?
Un séjour au vert en couple est une parenthèse loin du quotidien.
Parce qu’elle influence directement le sentiment de sécurité de la personne accompagnée.
Avant toute méthode, la relation crée — ou non — les conditions du changement.
En quoi l’approche polyvagale change-t-elle la posture d’accompagnement ?
Elle invite à observer l’état de la personne avant d’intervenir.
Cela évite de pousser quand le système nerveux n’est pas disponible.
Est-ce que cela remet en cause les outils de coaching ou de thérapie ?
Non.
Cela change surtout quand et comment les utiliser, en respectant le rythme de la personne.
Pourquoi certaines personnes semblent bloquées malgré leurs compétences ?
Parce que leurs ressources peuvent être temporairement inaccessibles.
Ce n’est pas un refus.
C’est souvent une réponse de protection.
Que fait concrètement l’accompagnant dans cette posture ?
Il ralentit.
Il écoute autrement.
Il privilégie la présence, le rythme et la qualité du lien.