Illustration représentant une personne influencée par un état interne, symbolisant l'influence du système nerveux sur les comportements humains.
Nos comportements humains ne reflètent pas toujours nos intentions conscientes. Le système nerveux influence souvent nos réactions avant même que nous ayons le temps de réfléchir.

Pourquoi arrivons-nous parfois à agir contre nos intentions, alors même que nous savons que cela va à l’encontre de nos intérêts ?

La réponse se trouve en partie dans notre réactivité émotionnelle.
Elle est au cœur de nombreuses situations que nous rencontrons dans notre vie personnelle et professionnelle : conflits qui s’enveniment, réunions qui dérapent, négociations qui échouent, tensions au sein des équipes, difficultés éducatives ou incompréhensions dans les relations de couple.

Dans chacun de ces contextes, il arrive que des personnes agissent momentanément à l’opposé de leurs intentions.
Comprendre pourquoi ces situations se produisent ne permet pas seulement de mieux les expliquer. Cela ouvre aussi la possibilité d’y répondre autrement.

L’essentiel en 30 secondes

Agir contre ses intentions : une réponse du système nerveux ?

Il arrive que des personnes intelligentes, bienveillantes et conscientes adoptent soudain des comportements qui semblent contredire leurs intentions. Elles deviennent défensives, agressives, se replient sur elles-mêmes ou perdent momentanément leur capacité à écouter, réfléchir sereinement ou coopérer.

Parmi les approches issues des neurosciences, la théorie polyvagale propose une grille de lecture particulièrement utile pour comprendre ces situations. Elle suggère que, lorsque notre système nerveux perçoit une menace — parfois réelle, parfois simplement pressentie — il privilégie la protection plutôt que la connexion.

Que se passe-t-il ?

Nos capacités d’écoute, de réflexion, de coopération et de régulation émotionnelle deviennent temporairement moins accessibles, car le système nerveux mobilise en priorité les ressources nécessaires pour assurer notre protection.

La personne n’a pas perdu son intelligence, ses valeurs ou ses compétences. Ces ressources demeurent présentes, mais elles deviennent momentanément moins accessibles.

Son organisme privilégie momentanément la sécurité plutôt que la connexion, jusqu’à ce que la situation soit à nouveau perçue comme suffisamment sûre.

Pourquoi est-ce important ?

Comprendre ce mécanisme transforme profondément notre manière d’accompagner les autres. L’objectif devient moins de chercher immédiatement « la bonne intervention » que de créer les conditions permettant à la personne de retrouver un état où ses capacités de réflexion, d’écoute et de coopération redeviennent pleinement accessibles.

Ce que vous allez apprendre dans cet article

À la fin de cet article, vous comprendrez :

Sommaire

  1. Comprendre pourquoi ces situations se produisent
  2. Les limites des explications classiques
  3. Ce que la théorie polyvagale apporte
  4. Les notions essentielles
  5. Reconnaître un état de protection
  6. Ce que nous dit la recherche
  7. Applications pratiques
  8. Questions fréquentes
  9. Pour aller plus loin
  10. Références et articles associés

Comprendre pourquoi ces situations se produisent

Un phénomène que nous avons tous observé.

Nous avons presque tous déjà vécu cette situation. Une personne brillante, cultivée, bienveillante, parfaitement capable d’écouter et de raisonner avec finesse qui, quelques instants plus tard, semble agir à l’opposé de ce qu’elle souhaiterait profondément.

Elle coupe la parole. Se montre soudain défensive. Interprète une remarque comme une attaque. Se replie sur elle-même. Ou, au contraire, devient étonnamment agressive.

Quelques heures plus tard, il n’est pas rare qu’elle regrette ses paroles ou ses réactions.

Elle dira parfois : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. »
Ou encore : « Ce n’est pourtant pas moi. »

Ces situations ne concernent pas uniquement les personnes impulsives ou en grande difficulté. Nous les rencontrons chez des dirigeants expérimentés, des managers reconnus, des enseignants, des parents, des thérapeutes, des coachs… et, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, chez chacun d’entre nous.

C’est précisément ce qui rend ces situations si déroutantes. Comment expliquer qu’une personne capable, quelques minutes plus tôt, d’écoute, de discernement et d’empathie semble soudain incapable de mobiliser ces mêmes qualités ? Pourquoi une personne intelligente agit-elle parfois à l’opposé de ses intentions ?

Pendant longtemps, les explications les plus courantes ont fait référence au stress, aux émotions, aux croyances, aux automatismes ou à la personnalité. Toutes apportent une part de vérité. Mais, dans la pratique, elles laissent souvent une question sans réponse. Pourquoi les ressources d’une personne semblent-elles parfois devenir temporairement inaccessibles, avant de réapparaître quelques minutes, quelques heures ou quelques jours plus tard ?

Une question qui a transformé ma pratique

Cette question m’accompagne depuis le début de ma pratique de coach. Comme beaucoup de professionnels de l’accompagnement, j’ai longtemps cherché la bonne question, la bonne reformulation, le bon outil ou la bonne stratégie d’intervention.

Puis j’ai progressivement réalisé que, dans certaines situations, le problème n’était peut-être pas d’abord notre manière d’intervenir. Il résidait peut-être dans notre manière de comprendre ce qui était en train de se jouer. 

Cette évolution de mon regard a profondément transformé ma pratique. Elle m’a conduit à découvrir des travaux issus des neurosciences, et en particulier la théorie polyvagale développée par le neuroscientifique américain Stephen Porges.

Je ne considère pas cette théorie comme une explication unique ou définitive des comportements humains. Les relations humaines sont infiniment plus complexes que n’importe quel modèle.

En revanche, je considère qu’elle apporte une grille de lecture particulièrement féconde pour comprendre certains comportements qui restent difficiles à expliquer avec les seules approches psychologiques ou cognitives.

Elle nous invite à changer de regard. Au lieu de nous demander immédiatement : « Pourquoi cette personne agit-elle ainsi ? », elle nous conduit à nous demander : « Dans quel état se trouve actuellement son système nerveux ? »

Ce changement de perspective est loin d’être anodin. Il transforme notre manière d’interpréter certains comportements. Et il transforme également notre manière d’accompagner, de manager, de négocier ou simplement d’entrer en relation.

Car si certaines de nos réactions relèvent moins d’un manque de volonté que d’un état physiologique de protection, alors notre première responsabilité n’est peut-être plus de convaincre, d’analyser ou de corriger.

Elle consiste d’abord à comprendre. Et parfois, à contribuer à recréer les conditions de sécurité qui permettront à la personne de retrouver naturellement l’accès à ses capacités d’écoute, de réflexion, de coopération et de discernement.

C’est précisément ce que nous allons explorer dans cet article

Les limites des explications classiques

Depuis plusieurs décennies, les sciences humaines et les neurosciences ont considérablement enrichi notre compréhension des comportements humains.

Lorsque nous cherchons à comprendre pourquoi une personne agit à l’opposé de ses intentions, plusieurs explications reviennent régulièrement. Toutes apportent un éclairage précieux. Pourtant, chacune laisse subsister une question essentielle.

Le stress

Le stress est probablement l’explication la plus souvent avancée. Nous savons aujourd’hui qu’il influence profondément notre organisme. Il modifie notre vigilance, notre attention, notre mémoire, notre capacité de décision et notre comportement.

Dire qu’une personne est « stressée » permet donc de comprendre une partie de ce qui se passe. Mais cette explication reste souvent incomplète.

Pourquoi deux personnes confrontées à une situation comparable réagissent-elles de manière si différente ? Ou pourquoi une même personne peut-elle retrouver, parfois en quelques minutes seulement, toute sa capacité d’écoute, de réflexion et de coopération ?

Le mot stress décrit une réalité importante, mais il ne permet pas toujours de comprendre précisément les mécanismes en jeu.

Les émotions

Les émotions constituent une autre clé de lecture essentielle.
La peur, la colère, la tristesse ou la honte influencent profondément notre manière de percevoir une situation et d’y répondre. Elles orientent nos décisions, nos comportements et notre manière d’entrer en relation avec les autres.

Cependant, elles ne répondent pas entièrement à une autre question.

Pourquoi, sous l’effet d’une émotion, certaines de nos ressources semblent-elles devenir temporairement moins accessibles ? Ou pourquoi avons-nous parfois l’impression de ne plus réussir à écouter, réfléchir ou coopérer comme nous le faisons habituellement ?

Décrire l’émotion ne suffit pas toujours à expliquer pourquoi ces capacités semblent momentanément disparaître.

Les croyances, les automatismes et la personnalité

D’autres approches mettent l’accent sur nos croyances, nos habitudes, nos apprentissages ou certains traits de personnalité. Ces facteurs jouent évidemment un rôle important.

Notre histoire, nos expériences passées et nos modes de fonctionnement influencent profondément notre manière d’interpréter le monde. Ils expliquent pourquoi certaines situations nous touchent davantage que d’autres.

Mais là encore, une interrogation demeure.

Pourquoi une personne habituellement calme peut-elle devenir soudainement très réactive ? Ou pourquoi quelqu’un reconnu pour sa capacité d’écoute par exemple peut-elle, dans l’espace des quelques instants, sembler incapable d’entendre ce que lui dit son interlocuteur ?

Si ces approches permettent de comprendre pourquoi certaines situations sont sensibles pour une personne, elles expliquent moins facilement comment ses capacités semblent parfois devenir temporairement moins accessibles.

Alors, manque-t-il une pièce du puzzle ?

Ces différentes approches ne sont pas contradictoires. Elles sont complémentaires et continuent d’enrichir notre compréhension des comportements humains.

Mais elles laissent ouverte une question qui me paraît essentielle :
Que se passe-t-il, dans notre organisme, entre le moment où une situation est perçue et celui où nos capacités d’écoute, de réflexion ou de coopération semblent devenir momentanément moins accessibles ?

C’est précisément à cette question que la théorie polyvagale propose d’apporter un éclairage complémentaire. Elle ne remplace pas les autres approches. Elle ajoute une pièce importante au puzzle en s’intéressant à un acteur souvent resté en arrière-plan : l’état de notre système nerveux autonome

Ce que la théorie polyvagale apporte

Une nouvelle manière de comprendre les comportements humains

Développée par le neuroscientifique américain Stephen Porges dans les années 1990, la théorie polyvagale propose une manière différente d’aborder les comportements humains. Elle ne cherche pas à remplacer les autres approches psychologiques, cognitives ou émotionnelles. La théorie polyvagale les complète en attirant notre attention sur un acteur souvent discret, mais omniprésent : l’état de notre système nerveux autonome.

Son idée centrale est à la fois simple et profondément transformatrice. Avant de mobiliser notre intelligence, notre capacité de réflexion ou notre volonté, notre organisme cherche d’abord à répondre à une question essentielle :

« Suis-je en sécurité ou en danger ? »

Cette évaluation se produit le plus souvent en dehors de notre conscience.

Stephen Porges a proposé le terme de neuroception pour désigner ce processus par lequel le système nerveux détecte, en permanence, des indices de sécurité, de danger ou de menace extrême dans notre environnement, dans notre corps et dans nos relations.

Selon cette théorie, ce n’est pas seulement ce que nous pensons d’une situation qui influence notre comportement. C’est aussi, et parfois surtout, la manière dont notre système nerveux l’interprète.

Les trois grands états du système nerveux

Lorsque la situation est perçue comme suffisamment sûre, nous accédons plus facilement à nos capacités d’écoute, de réflexion, de coopération, de créativité et de régulation émotionnelle. À l’inverse, lorsque le système nerveux perçoit une menace, il mobilise progressivement des stratégies destinées à assurer notre protection.

Ces stratégies ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Elles constituent des réponses d’adaptation façonnées par l’évolution pour favoriser notre survie.

La théorie polyvagale décrit ainsi trois grands états physiologiques, chacun associé à une manière particulière d’entrer en relation avec le monde.

Nous passons naturellement d’un état à l’autre au cours d’une même journée. Et la plupart du temps, ces transitions sont souples et adaptées aux situations que nous rencontrons.

Dans certaines circonstances, en revanche, notre système nerveux peut rester durablement bloqué dans un état de protection. Certaines ressources deviennent alors plus difficiles d’accès. Ce que nous interprétons parfois comme un manque de motivation, de volonté, de maturité ou de compétence peut alors refléter, au moins en partie, un état physiologique de protection.

Cette manière de comprendre les comportements ne supprime ni la responsabilité individuelle, ni l’importance des émotions, des croyances ou de l’histoire personnelle.

Elle ajoute une dimension essentielle : avant d’être psychologiques, certaines de nos réactions sont aussi physiologiques. C’est précisément cette perspective qui permet de mieux comprendre pourquoi une personne peut, à certains moments, sembler agir à l’opposé de ses intentions.

Pour explorer cette idée plus en détail, examinons maintenant les trois grands états du système nerveux décrits par la théorie polyvagale.

Les notions essentielles

Le système nerveux autonome : un chef d’orchestre discret

Pour comprendre la théorie polyvagale, il est utile de commencer par un acteur que nous remarquons rarement : le système nerveux autonome.

Comme son nom l’indique, il fonctionne en grande partie sans que nous ayons besoin d’y penser. Il régule en permanence notre respiration, notre rythme cardiaque, notre digestion, notre vigilance et de nombreuses autres fonctions indispensables à la vie.

Mais son rôle ne s’arrête pas là. Il influence également notre manière d’entrer en relation avec les autres. À chaque instant, il évalue notre environnement et ajuste notre état physiologique en conséquence.

Lorsque tout semble suffisamment sûr, il favorise la curiosité, l’apprentissage, la coopération et la connexion.
Lorsqu’un danger est perçu, il modifie progressivement nos priorités afin d’assurer notre protection.

Ces changements sont souvent rapides, automatiques et largement inconscients et ne traduisent pas un manque de volonté. Ils reflètent plutôt une remarquable capacité d’adaptation.

La théorie polyvagale distingue trois grands états physiologiques.

L’état de sécurité

Lorsque notre système nerveux perçoit que l’environnement est suffisamment sûr, nous pouvons mobiliser plus facilement nos ressources.

Nous sommes généralement capables d’écouter avec attention, de réfléchir avec nuance, de réguler nos émotions, d’apprendre, de coopérer et de résoudre des problèmes. Notre curiosité est plus présente. Notre créativité s’exprime plus facilement.

Nous sommes davantage disponibles pour les autres tout en restant en contact avec nos propres besoins. Cet état ne signifie pas que tout est parfait ou que nous ne rencontrons aucune difficulté. Il signifie simplement que notre organisme considère que nous disposons des ressources nécessaires pour faire face à la situation.

L’état de mobilisation

Si le système nerveux perçoit un danger, il peut entrer dans un état de mobilisation.

L’organisme se prépare alors à agir. Le rythme cardiaque s’accélère, l’attention se focalise davantage sur les menaces potentielles, l’énergie augmente.

Cette mobilisation est extrêmement utile lorsqu’un danger réel exige une réaction rapide.

Mais dans la vie quotidienne, elle peut également être déclenchée par une critique, un conflit, un regard, une remarque ou une situation vécue comme menaçante. Nous pouvons alors devenir plus impatients, plus défensifs ou plus réactifs. Nous pouvons commencer à interrompre davantage les autres ou avoir plus de difficulté à écouter des points de vue différents. Et notre pensée devient souvent plus rapide, mais aussi plus polarisée.

Il ne s’agit pas d’un défaut de caractère. Le système nerveux privilégie momentanément la protection plutôt que la connexion.

L’état d’immobilisation

Lorsque le danger est perçu comme particulièrement important et qu’aucune action ne semble possible, une autre stratégie peut apparaître : l’immobilisation.

L’énergie diminue subitement, le corps peut donner l’impression de ralentir.

Certaines personnes décrivent une sensation de vide, d’épuisement ou de déconnexion. D’autres disent avoir l’impression d’être figées, incapables de penser clairement ou de trouver les mots.

Là encore, cette réaction ne traduit pas un manque de motivation ou de compétence. Elle correspond à une stratégie de protection profondément ancrée dans notre histoire évolutive.

Dans certaines situations, elle peut permettre à l’organisme d’économiser ses ressources précieuses face à un danger perçu comme insurmontable.

Ces trois états ne constituent pas des catégories rigides. Nous passons naturellement de l’un à l’autre au cours de nos journées, parfois plusieurs fois en quelques heures. et la plupart de ces transitions sont souples et parfaitement adaptées aux situations que nous rencontrons.

Les difficultés apparaissent surtout lorsque notre système nerveux reste durablement installé dans un état de protection, alors même que le danger est passé ou qu’il n’est plus présent.

Comprendre ces différents états ne permet pas seulement de mieux interpréter nos comportements. Cela nous aide également à reconnaître ce qui est peut-être en train de se jouer chez les autres.

C’est précisément cette capacité d’observation qui constitue la première étape d’un accompagnement plus ajusté.

Reconnaître un état de protection

Comprendre la théorie polyvagale est une première étape. Apprendre à reconnaître les différents états du système nerveux dans la vie quotidienne en est une autre.

L’objectif n’est pas de « poser un diagnostic » ou de juger quelqu’un. On cherche plutôt à  développer un regard plus attentif sur ce qui est peut-être en train de se jouer.

Au lieu de se demander immédiatement : « Pourquoi cette personne agit-elle ainsi ? » nous pouvons progressivement apprendre à nous demander : « Est-il possible que son système nerveux soit actuellement dans un état de protection ? »

Les signes fréquents d’un état de mobilisation

Lorsque le système nerveux perçoit un danger, il peut entrer dans un état de mobilisation.
Selon les personnes et les situations, on peut notamment observer :

Aucun de ces signes ne permet, à lui seul, de conclure qu’une personne est en état de mobilisation. C’est leur combinaison, leur intensité et le contexte qui peuvent orienter notre compréhension.

Les signes fréquents d’un état d’immobilisation

Lorsque le système nerveux estime qu’aucune action n’est possible ou ne sera suffisante, une stratégie d’immobilisation peut apparaître.

Elle peut notamment se manifester par :

Là encore, ces manifestations peuvent avoir de nombreuses causes. Elles ne prennent sens qu’en tenant compte de l’ensemble de la situation.

Observer avec prudence

La théorie polyvagale n’est pas un outil de diagnostic. Nous ne pouvons jamais savoir avec certitude dans quel état se trouve le système nerveux d’une autre personne.

Nous pouvons seulement formuler des hypothèses à partir de ce que nous observons, de ce que la personne exprime et du contexte. Lorsque cela est possible, le plus simple reste souvent de demander à la personne ce qu’elle est en train de vivre.

Cette prudence est essentielle.

L’intérêt de cette approche n’est pas d’étiqueter les personnes, mais de développer un regard plus curieux, plus nuancé et plus respectueux de la complexité des comportements humains.

Ce que nous dit la recherche ?

Comme toute théorie scientifique, la théorie polyvagale mérite d’être examinée à la lumière des connaissances disponibles.

Depuis sa formulation par Stephen Porges dans les années 1990, elle a suscité un intérêt croissant chez les chercheurs et les professionnels de la santé, de la psychothérapie, de l’accompagnement et de l’éducation. Elle a également donné lieu à de nombreux travaux de recherche, mais aussi à des débats scientifiques.

Il est donc utile de distinguer ce qui fait aujourd’hui largement consensus de ce qui reste encore discuté.

Ce qui fait aujourd’hui largement consensus

Les recherches en neurosciences confirment le rôle essentiel du système nerveux autonome dans la régulation de nombreuses fonctions physiologiques, comme le rythme cardiaque, la respiration, la digestion ou encore les réponses au stress.

Elles montrent également que notre état physiologique influence profondément notre attention, notre capacité de régulation émotionnelle, notre prise de décision et nos interactions sociales.

De nombreuses études soulignent aussi l’importance du sentiment de sécurité dans notre capacité à apprendre, coopérer, créer des liens de confiance et faire face aux difficultés.

Ces observations sont largement cohérentes avec l’idée centrale de la théorie polyvagale : notre organisme évalue en permanence son environnement et adapte ses réponses en fonction de ce qu’il perçoit.

Ce qui fait encore débat

En revanche, certains aspects plus spécifiques de la théorie polyvagale continuent d’être discutés au sein de la communauté scientifique.

Des chercheurs s’interrogent notamment sur certains mécanismes neurophysiologiques proposés par Stephen Porges, ainsi que sur la manière dont ils sont interprétés ou appliqués dans différents contextes.

Comme c’est souvent le cas en science, ces débats ne signifient pas que la théorie soit entièrement validée ou entièrement réfutée. Ils témoignent plutôt du fait que les connaissances continuent d’évoluer et que plusieurs questions restent ouvertes.

Cette situation est fréquente dans les domaines qui cherchent à comprendre des phénomènes aussi complexes que les émotions, les comportements ou les relations humaines.

Comment interpréter ces débats ?

Pour les professionnels de l’accompagnement, l’enjeu n’est probablement pas de choisir entre adhésion totale et rejet complet. Il est plus utile de considérer la théorie polyvagale comme une grille de lecture.

Une grille de lecture n’a pas vocation à expliquer tous les comportements humains. Elle permet d’observer certains phénomènes sous un angle particulier, de poser de nouvelles questions et d’orienter l’action.

À ce titre, de nombreux coachs, psychologues, thérapeutes, professionnels de santé et enseignants considèrent qu’elle constitue un outil précieux pour mieux comprendre les réactions de protection et adapter leur manière d’accompagner.

La position à Osélience

À Osélience, nous ne présentons pas la théorie polyvagale comme une explication unique ou définitive du fonctionnement humain. Les comportements humains sont influencés par une multitude de facteurs biologiques, psychologiques, relationnels, culturels et sociaux.

En revanche, nous considérons que cette théorie apporte une contribution particulièrement utile à la compréhension des états de sécurité et de protection. Elle nous invite à porter davantage d’attention à l’état du système nerveux, sans négliger les émotions, les croyances, l’histoire personnelle ou le contexte de vie.

Nous considérons qu’elle apporte un éclairage particulièrement précieux sur une dimension souvent sous-estimée des comportements humains : le rôle de l’état du système nerveux dans notre manière de percevoir, de ressentir et d’entrer en relation avec les autres. Cette manière d’aborder la théorie invite à bénéficier de ses apports sans perdre de vue les questions qui restent encore ouvertes.

Applications pratiques

La théorie polyvagale ne fournit pas une méthode toute faite pour accompagner les personnes. En revanche, elle invite à modifier profondément notre manière de regarder les comportements et d’entrer en relation.

Que l’on soit coach, manager, enseignant, parent, professionnel de santé ou simplement en relation avec les autres, quelques principes peuvent guider notre pratique.

Avant d’intervenir, chercher à comprendre l’état de la personne

Face à un comportement difficile, notre premier réflexe est souvent de chercher une explication ou une solution. La théorie polyvagale nous invite à faire un pas de côté.

Avant de nous demander « Que dois-je dire ou faire ? », nous pouvons nous demander :

« Cette personne semble-t-elle se sentir en sécurité dans cette situation ? »

Cette simple question permet souvent d’adapter plus justement notre manière d’intervenir.

Créer les conditions de sécurité avant de chercher à convaincre

Lorsqu’une personne est en état de protection, il est souvent difficile d’accéder pleinement à ses capacités d’écoute, de réflexion ou de coopération.

Chercher immédiatement à convaincre, argumenter ou corriger risque alors d’être peu efficace. Il est souvent plus utile de commencer par recréer un climat de sécurité : ralentir le rythme de l’échange, écouter, reconnaître ce que la personne vit et favoriser une relation de confiance.

Adapter sa communication à l’état du système nerveux

Une même manière de communiquer ne convient pas à toutes les situations.

Lorsqu’une personne est calme et disponible, elle peut accueillir des informations complexes ou des points de vue différents. Lorsqu’elle est en état de protection, des messages simples, un ton posé et une présence rassurante sont souvent plus aidants que de longues explications.

Reconnaître ses propres états de protection

Cette approche ne concerne pas uniquement « les autres ». Nous aussi pouvons entrer en mobilisation ou en immobilisation.

Apprendre à reconnaître les premiers signes chez soi permet parfois de faire une pause, de retrouver ses repères et d’éviter de réagir de manière automatique.

C’est souvent une première étape vers une meilleure régulation émotionnelle.

Accompagner le retour vers la sécurité plutôt que lutter contre les comportements

Lorsqu’un comportement est principalement lié à un état de protection, chercher à le supprimer directement n’est pas toujours la stratégie la plus efficace.

Il est souvent plus utile de créer les conditions permettant à la personne de retrouver progressivement un état de sécurité. À mesure que cet état se réinstalle, les capacités d’écoute, de réflexion, de discernement et de coopération redeviennent généralement plus accessibles.

La théorie polyvagale nous rappelle ainsi une idée simple, mais essentielle : avant de chercher à changer les comportements, il est souvent utile de comprendre dans quel état se trouve le système nerveux qui les produit.

Les cinq idées essentielles à retenir

Questions fréquentes

La théorie polyvagale est-elle scientifiquement reconnue ?

La théorie polyvagale s’appuie sur des connaissances largement établies concernant le rôle du système nerveux autonome dans la régulation de nos états physiologiques. En revanche, certains mécanismes proposés par Stephen Porges continuent de faire l’objet de débats au sein de la communauté scientifique. Comme de nombreuses théories en sciences humaines, elle est à la fois utilisée, étudiée et discutée. Aujourd’hui, de nombreux professionnels la considèrent comme une grille de lecture particulièrement utile pour comprendre les comportements de protection.

Le stress et la théorie polyvagale parlent-ils de la même chose ?

Pas tout à fait.

Le stress décrit la manière dont notre organisme répond à des contraintes ou à des défis. La théorie polyvagale s’intéresse plus spécifiquement à la façon dont notre système nerveux perçoit la sécurité ou le danger et adapte notre état physiologique en conséquence. Les deux approches sont complémentaires plutôt qu’opposées.

Peut-on sortir d’un état de protection ?

Oui, dans la plupart des situations.

Lorsque le système nerveux retrouve un sentiment de sécurité, les capacités d’écoute, de réflexion, de coopération et de régulation émotionnelle deviennent généralement plus accessibles. Ce retour peut être facilité par un environnement sécurisant, une relation de confiance, une meilleure connaissance de soi ou certaines pratiques de régulation.

Peut-on reconnaître son propre état ?

Avec de l’entraînement, oui.

Apprendre à observer sa respiration, son niveau d’énergie, ses tensions corporelles, ses émotions ou sa manière d’entrer en relation permet progressivement de mieux identifier ses propres états physiologiques. Cette conscience constitue souvent une première étape vers une meilleure autorégulation.

Cette approche est-elle utile en entreprise ?

Oui, de nombreux managers, dirigeants, coachs et professionnels des ressources humaines utilisent aujourd’hui cette approche.

Elle peut contribuer à mieux comprendre certaines réactions en situation de tension, à améliorer la qualité des échanges et à créer des environnements de travail plus propices à la coopération, à l’apprentissage et à la confiance.

En quoi cette approche est-elle utile en coaching ?

Elle invite le coach à porter attention non seulement au contenu de ce que dit son client, mais aussi à son état physiologique.

Plutôt que de chercher immédiatement la bonne question ou le bon outil, le coach peut d’abord s’assurer que les conditions sont réunies pour que la personne puisse mobiliser pleinement ses capacités de réflexion, d’apprentissage et de discernement.

La théorie polyvagale explique-t-elle tous les comportements humains ?

Non.

Les comportements humains sont influencés par de nombreux facteurs biologiques, psychologiques, relationnels, sociaux et culturels. La théorie polyvagale n’a pas vocation à tout expliquer. En revanche, elle apporte un éclairage précieux sur le rôle de l’état du système nerveux dans notre manière de percevoir les situations et d’y répondre.

Références

Ouvrages de référence

Pour approfondir

À propos des auteurs

Izya Barrett est coach, formatrice et fondatrice d’Osélience. Formée à la théorie polyvagale auprès de NICABM (National Institute of the Clinical Application of Behavioral Medecine), elle accompagne des particuliers, des couples et des groupes autour des questions de sécurité relationnelle, de développement personnel et de qualité de la relation

Kevin Barrett accompagne depuis plus de vingt-cinq ans des dirigeants, des équipes et des organisations dans leurs transitions professionnelles et humaines. Coach exécutif, il s’intéresse particulièrement aux liens entre les neurosciences, les relations humaines, le leadership et les grands enjeux de notre époque.

Ensemble, ils développent la base de connaissances d’Osélience afin de rendre accessibles des connaissances scientifiques et des outils pratiques au service de relations plus sereines, plus conscientes et plus humaines.

 

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